La maison

Une maison, une histoire,

… ou plutôt 3 histoires selon le « conteur ». Laissons donc la parole en  1er à la maison elle-même !

 

« Alors, c’est à moi de parler en 1er… C’est sans doute dû à mon grand âge ! Il est vrai que je suis une très vieille dame : j’ai au moins 200 ans. Je ne sais même plus exactement quand je suis née, aux alentours de 1800 mais je ne pourrais pas vous donner de date plus précise ! Et puis les souvenirs de mes 1ère années sont très flous, je ne me souviens de quasiment rien ! 

 

Je crois bien qu’à l’origine, je n’étais pas une seule maison comme maintenant mais plusieurs petites habitations en hauteur et complètement séparées : une pièce unique en bas d’environ 20m2 avec une cheminée, une autre pièce au dessus pour dormir avec aussi une cheminée à l’opposé puis le grenier à foin. On pouvait passer entre les maisons par des passages qui reliaient l’avant à l’arrière : il y avait 3 couloirs je crois, dont 2 côte à côte d’ailleurs ! 

 

Il ne faut pas que j’oublie de vous parler aussi des petits bâtiments le long de la route. Celui qui est indépendant était aussi une maison d’habitation sur le même modèle, avec une écurie accolée… aujourd’hui tout cela communique et ne fait plus qu’un seul bâtiment ! 

 

Quant à l’autre, le petit, accolé à une maison, je crois me souvenir qu’à une époque nous ne formions qu’un. D’ailleurs il n’y a qu’un seul et même grenier sans aucune séparation entre les deux. 

 

En tout cas, à la fin du XIXème siècle ou peut-être même avant, nous étions séparés et ce petit bâtiment était une épicerie. Ici, les habitants l’appelaient « la boutique ». 

 

Et puis en 1906, la boutique et le bâtiment d’en face, le long de la route ont été achetés par un certain Altidor LORPIN (drôle de prénom n’est-ce pas ! Je ne l’ai jamais ré-entendu depuis…). Il était jeune, il démarrait dans la vie et pendant quasiment le siècle entier, j’ai vu vivre la famille LORPIN entre mes nombreux murs. En tout, j’ai connu 4 générations. Je les ai vu naître, grandir, partir. Ah oui, j’en ai vu naître des « petits » !! A chaque fois j’en étais toute attendrie ! Le dernier, c’était en 1961, ils l’ont appelé Nadine. Mais après, les bébés ne sont plus nés ici… Ils revenaient dans les bras de leurs mamans, de l’hôpital disaient-ils. Récemment encore, il y a eu une petite Mélanie le 24 avril 2005. 

 

Pour revenir à Altidor LORPIN, il vivait avec sa famille dans le 2ème bâtiment et il a transformé la boutique en bourrellerie/sellerie. Il faut dire qu’à l’époque, on ne voyait passer que des charrettes sur cette route ! Il y avait aussi moins d’habitants à Basly qu’aujourd’hui mais par contre beaucoup plus de fermes : il n’en reste plus qu’une en activité ! Et ils n’ont plus de chevaux, mais des tracteurs ! En tout cas, à l’époque, bourrelier / sellier, c’était un bon métier ! 

 

Et puis son fils Robert a décidé de devenir fermier alors il a acheté peu à peu l’alignement des bâtiments (aujourd’hui « la maison ») et des jardins par derrière. Ah, j’étais fière ! Cela faisait un bel ensemble ! Mais peu de temps après, c’était la guerre, il a été mobilisé et même fait prisonnier pendant 5 ans je crois. C’était sa femme qui s’occupait de la ferme, aidée par leur jeune fils Maurice. Regardez-les sur cette photo : il a 10 ans et la photo date de l’occupation des Allemands. Il a fière allure sur son cheval, vous ne trouvez pas ? Et regardez l’autre photo, elle a été prise exactement au même endroit 65 ans plus tard ! C’est, au même âge, Tiphaine qui occupe maintenant la maison avec sa famille. Vous avez dû remarquer les changements : l’escalier en fer qui menait au grenier à foin n’existe plus… Le grenier non plus d’ailleurs : c’est un bureau rempli de livres maintenant ! Et au dessous, vous avez vu, c’était une porte !!! A cette époque, elle donnait dans une écurie. C’est d’ailleurs Maurice qui a effectué la 1ère transformation, c’est devenu leur salle à manger : cela lui permettait à lui et sa famille d’avoir un peu plus de place. 

 

Donc, je vous parlais de la guerre… Je me souviens bien d’un certain 6 juin 1944. J’entendais parler de « débarquement » sans trop comprendre…eh bien figurez vous qu’à 3 heures de l’après-midi, j’ai vu, ici, devant la maison des soldats ! Pas des Allemands… non des Canadiens ! Ils arrivaient de Bernières sur Mer qui n’est qu’à 5 kms. Ils ont aperçu dans la cour, le long de la route, la pompe à eau du puits et ils ont demandé à boire au jeune Maurice qui se trouvait là. Quelle surprise pour lui ! Ils parlaient Français ! Il ne s’y attendait pas du tout. En tout cas, au lieu de l’eau du puits, il est allé leur chercher du cidre au tonneau : ils le méritaient bien. Basly était libéré ! Tout le monde était content et de bonne humeur… ça c’est vraiment un très bon souvenir ! 

 

Ensuite, la vie a peu à peu repris son cours. Quand Maurice a repris la ferme avec sa femme, ils ont commencé à me transformer pour que je ne sois qu’une seule et même bâtisse. Pour agrandir les pièces, ils ont supprimé les couloirs qui menaient de l’avant à l’arrière de la maison et ont transformé les portes en fenêtres ou les ont bouchées. Ils ont aussi modernisé la maison : chauffage, des toilettes… La partie du bout continuait à leur servir de remise à farine, d’étable ou de porcherie selon les besoins. Et il y avait encore des animaux ; si vous voyez des anneaux aux murs…eh bien imaginez vous 40 ans en arrière : ils servaient à attacher des bœufs. La bourrellerie, elle, était plus ou moins abandonnée… les tuiles ont bougé et l’eau commençait à s’infiltrer. Je m’étais bien habituée à ce petit train-train, je vivais au rythme des saisons : les cultures, les récoltes, les moissons. J’aurais dû m’apercevoir que les années passaient : les enfants grandissaient près de moi puis ils sont partis et en 1994 l’heure de la retraite a sonné : aussi bien pour les LORPIN que pour moi. Plus de bêtes entre mes murs, plus de tracteurs sous le hangar, plus personne… ils ont fait construire une maison neuve et m’ont mise en vente en 1997. C’était tristounet, ces mois d’attente ! Et puis enfin j’ai été achetée et j’ai vu réapparaître une famille. Au début, j’ai cru que ma vie d’antan allait reprendre mais non, ils ont commencé à tout démolir : à l’extérieur comme à l’intérieur… J’entendais parler de salle de billard, d’atelier de peinture, photos… tout cela avait l’air fort prometteur mais au bout d’un moment j’ai fini par m’inquiéter : tout disparaissait dans la maison : la chaudière, la salle d’eau, les portes…etc. Le jardin était envahi de gravats ! Je me suis dit que ma fin était proche ; la bourrellerie prenait l’eau à chaque averse sans que l’on songe à la réparer, tout se détériorait et une fois de plus j’étais désertée. 

 

Et en 2000, j’étais à nouveau à vendre… J’ai été achetée une fois de plus par une famille : les LEMIERE et j’ai vu défiler tout un tas de gens qui regardaient, mesuraient, proposaient et puis les travaux ont débuté. Là aussi je dois vous avouer que par moments, j’ai eu bien peur… le pire a été quand je n’avais plus ni toit, ni plancher ! Mais finalement, je me sens toute rajeunie et embellie : mes pierres ont été grattées, brossées et mises en évidence et ma foi… je trouve que ça me donne un petit air coquet dont je suis assez fière ! Et côté transformations… eh bien elles ont continué ! L’une de mes cheminées extérieures a disparu : elle menaçait de tomber, paraît-il, une autre placée à l’étage a été démontée puis remontée dans la salle à manger, les greniers sont devenus des chambres ou des salles d’eau, des portes intérieures ont été ouvertes, d’autres bouchées, l’entrée sur la cour a été déplacée, et j’en oublie… Les deux bâtiments achetés par Altidor LORPIN 1 siècle plus tôt ont été refaits entièrement et sont devenus tous deux des logements : la bourrellerie ressemble à une maison de poupée avec ses deux pièces l’une sur l’autre et la maison d’en face a été agrandie en utilisant le garage / remise qui lui était accolée.

 

Mais le plus spectaculaire a été l’aménagement des chambres d’hôtes : là où étaient le râtelier et les mangeoires se trouve un escalier, le recoin où on stockait les sacs de farine ou attachait les cochons est devenu une cuisine, le toit en tôles de l’étable a disparu et les murs ont même été surélevés ! Ce sont maintenant des chambres et elles abritent de nombreuses personnes de passage… des « hôtes » disent-ils. 

 

Voilà, j’espère que mes 2 siècles de vie vous ont intéressés. J’ignore ce que le siècle qui vient de commencer me réserve comme surprises… j’aimerais bien qu’on arrête un peu de me transformer car j’ai eu un peu de mal à m’habituer à ma nouvelle apparence après toutes ces années d’abandon et d’inquiétude et je trouve que j’ai supporté suffisamment d’émotions.  

 

Apparemment, la famille LEMIERE semble décidée à rester ici pour un moment. Ils m’ont même donné un nom : « La Rose des Vents ».Ca fait jeune et dynamique, vous ne trouvez pas ? Peut-être aurai-je le plaisir de les abriter pendant un siècle comme je l’ai fait pour la famille LORPIN. Je dois dire que ça me plairait assez car j’ai beau être « en pierre » je ne suis pas « de » pierre : j’ai un cœur et dans le fond je suis même plutôt sentimentale ! 

 

Emmanuelle,

Il était une fois une petite famille : le père (Vincent), la mère (moi) et leurs 2 filles, qui habitait un pavillon banal dans un village tranquille à BASLY, près de la mer. Avec seulement 3 chambres, nous commencions à nous sentir à l’étroit c’est pourquoi je souhaitais utiliser un PE pour aménager les combles mais Vincent était réticent. Alors je lui ai proposé d’acheter un logement que nous pourrions louer à des touristes. Tout au fond de moi, pas encore clairement formulée… l’envie de remplacer, à plus ou moins long terme mon salaire ou au moins une partie par l’apport de cette location pour pouvoir être un peu plus chez moi sans toujours courir après le temps. 

 

Et puis, rapidement, nous nous sommes aperçus qu’il serait bien plus simple de concilier à la fois une plus grande maison et un gîte : il « suffisait » de tout trouver au même endroit ! Il fallait donc chercher « dans l’ancien » : une vieille maison avec une étable par exemple. Commence donc la ronde des appels aux agences, des visites de maisons plus ou moins grandes, plus ou moins proches de chez nous, plus ou moins habitables… jusqu’à un rendez-vous un dimanche matin de décembre 2000 à Basly-même où nous visitons un ensemble de bâtiments à l’abandon pompeusement baptisés par l’agence « maison d’habitation 3 chambres et dépendances ». Heureusement, nous étions prévenus qu’il y avait « beaucoup de travaux à prévoir » ! 

 

Chaque matin, en allant chercher le pain je passais devant cette bâtisse à la façade triste et grise, aux grilles peu engageantes, un peu en retrait de la route mais ne l’avais jamais remarquée ! Elle devait sans doute nous attendre… 

 

Visiblement, le propriétaire n’a pas cherché à montrer sa maison sous son meilleur jour : quel que soit le bâtiment (et il y en a !), tout traîne partout : jouets d’enfants, outils, matériel de bricolage, objets personnels… il faut regarder où l’on pose ses pieds pour ne pas trébucher sur quelque chose !

 

Mais nous sommes venus pour la maison, alors nous commençons par le bâtiment le plus habitable : c’est sommaire et rudimentaire, correct pour y passer l’été mais sans plus. Vincent commence à reprendre vertement l’agent immobilier qui nous commente les lieux avec enthousiasme. C’est bien parti !! 

 

Ensuite nous traversons la cour pour passer à une maisonnette de 2 pièces : une poubelle remplie d’eau recueille l’eau qui tombe du toit percé et a fini par faire s’effondrer une partie du plancher. 

 

Le bâtiment principal ressemble un peu plus à une maison mais avec une porte d’entrée qui tient à peine et 2 ouvertures béantes à l’arrière, des carreaux cassés à l’étage, des planches en guise de fenêtres ailleurs. Nous passons d’une pièce à l’autre : au rez-de-chaussée, 2 sortes de carrelages, à l’étage un vieux plancher tout moche, au 2ème de la terre battue au sol… qui tremble d’ailleurs dès que l’on fait quelques pas. Parfois une porte ouvre sur une pièce sans plancher, ou un tas de cailloux par terre nous indique que le propriétaire a commencé à casser un mur pour accéder de l’autre côté, 2 ou 3 cheminées par ci, par là, dont une superbe à l’étage et l’autre, affreuse, recouverte de faïence verte au rez-de-chaussée. 

 

Nous terminons notre visite par le hangar et 2 ou 3 autres bâtiments quasiment en ruines aux toits couverts de tôles  rouillées ou vieilles tuiles poreuses : anciennes remises ou étables sans doute vu les râteliers accrochés au mur mais surtout « dépotoirs » ! Les filles jouent avec un tas de vieilles tuiles entassées par terre, un petit rayon de soleil hivernal éclaire l’arrière de la maison et l’agent immobilier nous fait remarquer un trou par terre : vieux puits au ras du sol, bouché de terre et pierres à 1 mètre mais fait de pierres plates. 

 

Oui, c’est délabré mais c’est grand (ce que l’on cherche) et je ne peux pas m’empêcher de trouver du charme à ces vieilles pierres !!

 

Le soir, je me souviens même plus exactement de l’agencement des bâtiments ou des pièces les unes par rapport aux autres ; mais il ne subsiste qu’un sentiment : « c’est la maison qu’il nous faut ! » Quant à Vincent, il me dit : « Puisque Sainte Thérèse y est déjà, allons- y ! » Il m’explique alors qu’il a remarqué sur une cheminée (l’affreuse verte) une statue de Sainte Thérèse (dont il admire la spiritualité) et qui semblait nous attendre.

 

Et c’est donc parti pour d’innombrables rendez-vous, devis, comparaisons, chiffres, coups de téléphone, dossiers à remplir… Peu à peu, les 2 petits bâtiments puis la maison reprennent vie. Mais il reste une partie non rénovée qui jure avec le reste. Et c’est un peu comme si le dernier morceau du puzzle trouvait sa place alors qu’on n’avait pas vraiment conscience qu’il manquait. Nous allons aménager ces 2 derniers bâtiments en chambres d’hôtes et tout ce que je souhaitais à l’origine sera réalisé : une plus grande maison, l’accueil de vacanciers, un autre travail plus en accord avec mon désir de passer plus de temps chez moi…

 

Il ne nous restait plus qu’à « nommer » notre maison… Longtemps, les filles l’ont appelé « la maison cassée » et un jour mon père nous a proposé « La Rose des Vents ». Nous avons été séduits, c’était comme une évidence pour plusieurs raisons : très simplement, étant proches des côtes, il y a toujours un peu de vent par ici mais c’est aussi le symbole du voyage et le repère des voyageurs : nous en accueillons beaucoup !  Le voyage était aussi le thème de notre mariage : notre faire part représentait 2 voiliers partant à l’aventure sans trop savoir où le vent les pousserait. Enfin la Rose est également toujours associée à Sainte Thérèse qui, avant de mourir, avait promis que, « du ciel, elle ferait tomber sur terre une pluie de roses ». 

 

Et… petit clin d’œil de la vie… le rose est vraiment la couleur qui nous correspond : comme dans toute histoire : « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » : lorsque nous avons emménagé ici en juin 2002, nous avions 2 filles, depuis nous en avons 2 autres ! 

 

Alors que vous voyez la vie en rose ou pas, laissez-vous pousser par le vent jusqu’à notre maison, vous apprécierez sûrement à votre tour le charme et la quiétude qui s’en dégagent !  

 

 

Vincent

Que penser quand votre épouse vous convie chaque week-end à visiter des maisons plus ou moins grandes, plus ou moins bien situées, plus ou moins belles ? 

 

Nous habitions un petit pavillon comme il en existe tant dans une commune entre Caen et la mer. Nous avions déjà beaucoup de chance d’avoir « notre chez-nous » même si comme souvent, cette première acquisition avait été plus une question de budget qu’une question de « coup de cœur » ! Vous rentrez du travail comme tous les jours et vous entendez parler d’achat d’une maisonnette pour en faire un gîte, histoire d’utiliser un P.E.L arrivé en bout de course alors qu’avant il était question d’aménagement des combles de notre petit pavillon… De visites en visites, vous vous demandez ce qui se passe… Et puis, peu à peu, vous comprenez qu’il s’agit davantage que de l’achat d’une nouvelle maison… : il s’agit tout simplement de changer de métier : votre épouse qui enseigne l’anglais dans un lycée à 15 minutes de son domicile veut mettre fin à sa carrière car elle ne se voit pas continuer à fonctionner dans un système où le nombre de notes à mettre sur le bulletin scolaire – pour faire sérieux – est plus important que l’accompagnement des adolescents, que l’attention portée aux élèves en « mal d’école ». Là où elle avait la sécurité de l’emploi, un salaire décent qui nous permettait d’envisager l’avenir avec sérénité… elle voudrait se lancer dans l’accueil des personnes en ouvrant des chambres d’hôtes : un travail aux rémunérations incertaines, qui nécessite une présence constante, principalement quand les autres sont en vacances !!! Que faire ? Proposer de visiter des fermes plutôt que des petites maisonnettes pour que la maison principale, les chambres d’hôtes, les gîtes fassent un ensemble. 

 

Mais, le coût d’une ferme, même sans terre, est très élevé, trop pour notre budget… jusqu’au jour où mon épouse m’annonce que nous allons en visiter une dernière, tout près de notre petit pavillon… Je passais devant tous les jours pour aller à mon travail sans savoir qu’il y avait-là, cachée derrière une grille rouillée où battait au vent une vilaine bâche verte, la maison dont nous rêvions sans le savoir…

 

Il faisait froid. Un temps déjà hivernal, pluvieux. Nous sommes entrés par l’arrière de la propriété : devant nous un terrain en friche envahi par les mauvaises herbes, parsemé de vieux pneus, de bidons rouillés, de tas de gravas. A quelques dizaines de mètres une « masure » imposante aux toitures verdies, aux ouvertes béantes, sans porte ni fenêtre pour la plupart d’entre elles. A droite un hangar qui devait servir à abriter des tracteurs ou des machines agricoles. Il est couvert de tôles rouillées, le sol jonché de mille et un objets hétéroclites, pleins de poussière comme abandonnés là.

 

Un peu plus loin, une ancienne étable à la porte délabrée. Une odeur de moisi vous saisit. Encore un fatras innommable. Impossible de distinguer réellement tout ce qu’elle abrite tant elle est sombre. La gouttière pend lamentablement et déverse son eau à sa porte ! 

 

Une première maisonnette qui semble être de meilleure augure même si tout est à moitié cassé : un escalier qui branle, un plancher à peine fixé, un étage auquel on accède par une échelle… Accolé, une sorte de petit garage au mur du fond défoncé ! 

 

Rien à faire. C’est décidé. Jamais nous ne viendrons nous perdre dans une telle ruine faite de bric et de broc sans unité comme si des morceaux étaient venus se rajouter à d’autres. Je sens la colère m’envahir : comment peut-on imaginer un seul instant venir nous installer dans une ruine où tout est à reprendre : il n’y a même plus d’arrivée d’eau ni d’électricité ! 

 

Reste un problème : le regard de mon épouse : il brille comme s’il trahissait une joie toute contenue ! Que voit-elle à travers ces murs sales et sans âme ? 

 

Encore une ancienne étable entre une « tour carré » - où l’on peut admirer du rez de chaussé des bouts de ciel à travers les planchers absents et les petits trous qui parsèment la toiture -, et la maison principale, vaste demeure qu’il me tarde de visiter rapidement pour pouvoir enfin quitter ce lieu. J’oubliais : l’étable était couverte de tôles car ce qui devait servir de grenier à foin au dessus s’était écroulé : plutôt que de reconstruire, quelques tôles avaient suffit à couvrir ce qui restait ! 

 

Nous entrons enfin dans ce qui devait être la maison des maîtres : il suffit de pousser une vieille porte qui tient à peine et racle le sol : et là, dans une foutoir sans nom fait de débris en tout genre, repose sur une ancienne cheminée à moitié bouchée une petite statue de Sainte Thérèse de Lisieux. Quelqu’un l’a-t-il aperçue ? Je n’en sais rien. Mais ma décision est prise, cette fois définitivement : puisque Sainte Thérèse est ici, pourquoi pas nous ? Folie ? Foi du charbonnier ? Qu’importe les qu’en « dira-t-on », les commentaires désobligeants…. Restera toujours un regard baigné de Joie…  

 

Car, la maison principale est dans le même état que le reste : escaliers à moitié avachis que l’on n’ose à peine emprunter, murs troués, charpente bricolée…. 

 

La visite se termine par une dernière petite maisonnette qui recueille les eaux du ciel par son toit transpercé et son plancher défoncé ! 

 

Si un jour vous venez chez nous, regardez la façade de la maison principale : au milieu vous verrez une petite niche dans laquelle se trouve la statue de Sainte Thérèse de Lisieux : que vous soyez croyants ou non, adressez-vous à elle, très simplement comme à une amie : méfiez-vous elle vous écoutera !

 

 

Vincent Lemière